L'état amoureux après le TCC
 
 

 

Après un TRAUMATISME CRÂNIO-CÉRÉBRAL (TCC) L’ÉTAT
AMOUREUX au TEMPS de la RÉADAPTATION

La pathologie du TCC est une pathologie de la relation, du lien à l’autre.
Le corps (physique) et le mental (psychique) des blessés sont amputés, lésés et le sexuel est défaillant. Concevoir la sexualité là où le corps trace le handicap et dont le cerveau est lésé soulève des questions d’ordre médical, neuropsychologique et psychologique.

Après un TCC, la recherche de plaisir (libido) peut augmenter ou diminuer. La localisation et l’étendue des lésions cérébrales, l’augmentation ou la diminution de pulsion sexuelle et les troubles d’autocontrôle du blessé participent à cette modification.

Les facteurs psychologiques qui interviennent dans l’affirmation ou la remise en question de sa virilité ou de sa féminité jouent un rôle déterminant pour renoncer ou pour rechercher avec insistance des expériences amoureuses et sexuelles.

Si les premiers temps d’hospitalisation, créent des situations d’impudeur extrême (corps intubés, sondés…), le corps du blessé, pris en charge, perd de son secret, de son mystère : « Ça ne fait plus fantasmer! ».

L’entourage apprend à s’occuper du blessé dans une relation de toute puissance. Le désir de vouloir faire et de bien faire révèle des défaillances, des incapacités.

Les séquelles physiques (hémiplégie, limitations articulaires..) rendent difficile la spontanéité dans le rapport sexuel (besoin d’anticipation, de préparation). Les difficultés à « se penser » et à « s’envisager » avec la
personne créent un nouvel état psychique qui entraîne des difficultés à s’investir dans une relation amoureuse.

La régression affective ou la diminution de l’affectivité limite la sexualité adulte. Un grand nombre de patients
TCC sont en manque de désir. L’épouse ou la partenaire passe de la sensualité à la tendresse, lui permettant ainsi d’officialiser sa fonction maternante.

L’évolution de ces couples est souvent possible lorsqu’ils préexistaient des années de vie commune.

La réintroduction des parents du blessé dans la vie du couple, peut entraîner une perte de l’intimité et développer une rivalité entre la mère et l’épouse. Les parents sont très présents dans les couples qui se séparent. La présence des parents de la blessée permet un étayage (place importante de la mère), souvent sans rivalité avec le conjoint ou le partenaire, mais éloigne celui-ci d’une relation de couple.

Avec le retour à domicile, le couple vit des mini crises ou des points de friction en référence avec les acquis familiaux antérieurs.

Des modèles de couples s’observent avec des facteurs psychoaffectifs (fusionnels et dissociés) et neurocomportementaux (adhérence et indifférence affective).

· Les couples fusionnels sont si attentifs l’un à l’autre qu’ils ne sont pas arrivés à dépasser le vécu traumatique. Les mécanismes relationnels mis en place prennent la forme d’une rééducation attentive, minutieuse, afin de « redevenir comme avant » ou « être mieux » dans une sollicitation équivalente à l’attention que porte une mère à son jeune enfant. Le couple peut renoncer à toute sexualité. Le vécu du conjoint du blessé correspond à un maternage où aucune déviance n’est possible à moins de réveiller des culpabilités d’abandon ou de mort.

· Les couples dissociés ont une prolifération de dysfonctionnement dans les habitus antérieurs. Chacun évolue séparément sans tenir compte des désirs des autres. Ce dysfonctionnement s’observe plus fréquemment dans les couples où préexistait un caractère dominant d’exclusion, de dysharmonie socio-professionnelles, un niveau de vie difficile, des déceptions dans les réseaux relationnels. Le TCC devient le révélateur d’un caractère de désillusions. Le vécu du couple s’organise autour d’une « non-relation ».

La dépression et la fatigue sont des états à traiter car ils majorent la pathologie conjugale. Les conflits deviennent rapidement le témoignage de crises familiales et conjugales.

Le vécu amoureux et sexuel après un TCC est souvent décrit par les deux partenaires du couple en termes de privation et de frustration.

Il en convient d’identifier précocement les difficultés de la vie amoureuse que ce soit pour le blessé ou le conjoint, car celles-ci majorent l’agressivité, la violence et favorisent des états dépressifs. Ce qui pérennise la vie de couple qu’il soit ou non-victime d’un TCC, c’est la
capacité de rêver ensemble. Le thérapeute aidera les couples à trouver de nouveaux buts dans la vie.

Le TCC entraîne une perturbation plus ou moins durable de la vie sexuelle du blessé. Rétablir le sentiment amoureux dans la quête sexuelle lui permet de retrouver plaisir et jouissance quelle que soit la défaillance.


Nathalie Grenier
Intervenante


Références : JOVENCEL M. (de), NARCYZ F., HAMONET C., MAGALHAES T. L’état amoureux après un traumatisme crânien. A
propos d’une étude sur cinquante couples. SEXOLOGIE, oct.-déc. 2001, vol. X, no 38.